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En 2001, un groupe de cinéastes marocains se rassemble et décide de créer le G.A.R.P., dont Nabil Ayouch est élu président.

GARP, Groupement des Auteurs, Réalisateurs, Producteurs.


» La charte  
» Notre vision du droit d'auteur  
» Quels sont les principaux problèmes relatifs au droit d'auteur au
Maroc ?
 
» Quelles sont les conséquences sur le pays ?  
» Ce qui va changer  
» Huit propositions du G.A.R.P. pour réformer le fonds d'aide  

 


 

 

 


La Charte

Nous, auteurs-réalisateurs-producteurs marocains, avons décidé de nous réunir au sein d' un groupement qui aura pour objectif de faire valoir nos droits, défendre la liberté de création cinématographique dans des conditions saines et viables en participant à l'élaboration d'un cadre juridique pour tous les aspects qui touchent à notre profession.

Nous partons du principe que le Maroc a tous les atouts nécessaires pour devenir une grande nation du cinéma. Des techniciens, reconnus pour leur compétence malgré leur nombre insuffisant. Des comédiens de grande valeur. Des décors naturels et une lumière unique, qui attirent des productions - et donc des capitaux - venues du monde entier. Des cinéastes qui commencent à accéder à une forme de reconnaissance internationale. Un fonds d'aide à la cinématographie nationale, rare en Afrique. Un organisme de tutelle, le Centre Cinématographique Marocain, actif et volontaire. Des industries de production publicitaire et télévisuelle qui se développent à grande vitesse et qui peuvent, de par la convergence des métiers servir de levier. Enfin, un peuple qui aime son cinéma national et l'encourage.

Malheureusement, depuis des décennies que le cinéma est présent au Maroc, jamais le pays n'a su profiter de ces atouts pour construire une industrie cinématographique forte, sur des bases solides. A cela, plusieurs raisons. Des querelles internes trop nombreuses. Des luttes de pouvoir. Des intérêts personnels défendus au détriment des intérêts collectifs. Un cadre législatif inadéquat. Un marché national totalement déstructuré. Une insuffisance de volonté politique à organiser le secteur. Un manque d'implication et d'organisation des professionnels. Une carence d'association ou de groupement représentatifs des différentes corporations qui font le cinéma marocain aujourd'hui.

Ce constat est regrettable et nous le déplorons. Mais nos ambitions sont tournées vers l'avenir. Nulle envie pour nous de nous lamenter sur notre sort ou de commettre les erreurs du passé. Nous voulons au contraire lutter contre la léthargie et le manque d'initiative qui ont caractérisé notre profession jusqu'à présent. Nous souhaitons travailler main dans la main avec ceux qui le désirent et qui ont le même objectif que nous : construire un cinéma marocain fort.

  • Notre groupement se battra sur tous les terrains où il y a des combats à mener.

  • Notre groupement entend peser de tout son poids dans les décisions prises au niveau politique et gouvernemental, qui touchent notre profession.

  • Notre groupement entend avoir une réelle force de proposition et constituer une énergie vive dans le paysage audiovisuel marocain.

  • Notre groupement agira dans un esprit solidaire et défendra les droits présents et futurs des auteurs, réalisateurs, producteurs.

  • Notre groupement proposera la réforme de structures visant à favoriser l'épanouissement d'une industrie cinématographique marocaine de qualité, génératrice de richesses culturelles et économiques.

  • Notre groupement agira dans la transparence la plus totale et aura à cour de faire circuler l'information auprès de nos partenaires et des différents relais d'opinion.

  • Notre groupement tissera des liens avec tous les autres groupements et organisations similaires de nos amis artistes, au Maroc et à l'étranger.

  • Notre groupement est ouvert aux auteurs, réalisateurs et producteurs d'ouvres cinématographiques ou d'ouvres, généralement dénommées ouvres audiovisuelles, soucieux du devenir de la création dans notre pays.


 

 




Notre Vision du Droit d'Auteur :

Le droit d'auteur est un droit de l'Homme.

Par conséquent, les auteurs marocains - comme les auteurs du monde entier - doivent être protégés dans leurs créations.

Or, nous relevons toute une série d'anomalies dans le fonctionnement actuel du système de droit d'auteur.

Nous pensons que rien actuellement, dans notre pays, ne prédispose à la protection de l'artiste ; tous les jours, ses droits les plus élémentaires sont bafoués au mépris de tous.

Nous pensons que toute une série de leviers auraient du être activés depuis longtemps pour permettre de mettre en place d'un système efficace de protection.

Nous regrettons que les pouvoirs publics aient entretenu un flou et laissé vivre cet état de fait sans prendre de mesures adéquates.

Mais surtout, nous sommes convaincus que les premiers responsables de cet état de fait sont les auteurs eux-mêmes, principaux concernés, et qui auraient du être à la tête d'une bataille pour la protection de leurs droits.

Les industriels marocains l'ont fait, à travers l'O.M.P.I, en organisant régulièrement toutes sortes de colloques et de réunions autour de la protection de leurs inventions et leurs brevets. Aujourd'hui, la protection des industriels est reconnue car elle a été assurée.

Jusqu'à présent, nous, auteurs, ne l'avons pas fait. En tout cas pas de la meilleure manière, c'est à dire unis et organisés. Nous nous devons de réagir.


 

 




Quels sont les Principaux Problèmes Relatifs au Droit d'Auteur au Maroc ?

1. Les organismes ou autres entités censés payer des cotisations annuelles au Bureau Marocain du Droit d'Auteur, ne le font pas.

Jusqu'à présent, les premiers mauvais payeurs étaient des organismes d'état tels que les deux chaînes de télévision, mais aussi les radios, les théâtres, les restaurants, les bars et tous les autres lieux publics qui sont légalement dans l'obligation de cotiser, mais qui ne le font pas. Ces " oublis " constituent un manque à gagner colossal dans les caisses du B.M.D.A qui ne dispose d'aucun moyen de pression ni d'action.

2. L'arsenal pénal et juridique n'existe pas ou n'a jamais été mis en application.

Comment peut-on expliquer que, malgré tous les abus, rien n'ai jamais été fait pour lutter contre une violation quotidienne et ostentatoire du droit d'auteur dans notre pays ? Combien de fois nous sommes nous promenés dans les allées des marchés aux puces au cœur des grandes villes et nous sommes vus proposés nos propres films, nos propres musiques… piratés ! Et que pouvions nous faire, à par leur crier que nous étions les auteurs de ce qu'ils tenaient dans les mains et bradaient à tue-tête ? Une situation telle que celle-là est très dure à vivre pour un artiste, mais elle est surtout indigne et inacceptable d'un pays comme le Maroc.

3. La culture du droit d'auteur n'existe fondamentalement pas au Maroc.

Ce que nous entendons par culture correspond à toute une série de réflexes moraux liés à la défense du droit de l'auteur et que nous n'avons pas. Nous ne l'avons pas vis à vis de nous-mêmes. Nous ne l'avons pas vis à vis des autres. Dans quel autre pays qui se respecte pouvons-nous passer, dans des messages publicitaires télévisés, les derniers tubes de Michael Jackson ou Madonna, sans reverser le moindre centime aux ayants droit et sans la moindre impunité ? !


 

 




Quelles sont les Conséquences sur le Pays?

1. La première des conséquences directe est que le Maroc n'est absolument pas crédible internationalement au niveau du droit d'auteur.

Est-ce une tragédie ? Pour certains, pour qui ce domaine ne signifie rien, non. Pour nous, oui. Mille fois oui. Car, en tant qu'artistes, nous souhaiterions être reconnus et respectés par nos concitoyens comme nos collègues étrangers. Nous ne voulons plus être plaints ou être considérés comme les auteurs du pays sans droits.

2. D'un point de vue économique, l'absence de protection de l'auteur et tout le système organisé de piraterie qu'il engendre, éloigne du Maroc toute une série d'acteurs économiques qui auraient pu s'intéresser à notre marché.

Par exemple, un film étranger est cédé aux acheteurs marocains pour quelques poignées de dollars, comme dans une république bananière, sans espérer quoi que ce soit en retour. Les maisons de disque ont fait plusieurs tentatives d'installation ou de partenariat avec le Maroc, mais ils ont vite fait marche arrière. Comment espérer qu'un jour ces opérateurs étrangers s'intéressent à ce secteur de notre pays et tentent de le faire évoluer, alors qu'aucune industrie n'est possible ? Dès que mille exemplaires d'une cassette ou d'un disque sont vendus, ils sont immédiatement piratés, parfois par les maisons de disque locales elles-mêmes qui volent leurs propres artistes !!!, sans espoir d'en vendre davantage.

3. Les artistes marocains sont devenus des mercenaires qui travaillent au cachet.

Avant d'enregistrer un album, un chanteur ou une chanteuse, sachant qu'ils ne percevront jamais aucun droit sur leurs créations, négocient un forfait contre lequel ils cèdent tout. Ensuite, leur ouvre est jetée dans la jungle du marché, et advienne que pourra. Il va sans dire que l'industrie de l'image connaît le même sort. Encore une fois, cette situation est indigne. Il est normal, qu'après un travail, un artiste en perçoive le fruit. C'est à dire sa rémunération directe et tous les droits directs et indirects qui s'y rattachent.

Toute une industrie parallèle de la triche et de la piraterie s'est développée. Cette industrie fait vivre des milliers de personnes, de manière opaque, et rend la situation très complexe. Comment, en effet, rétablir un système sans en déstabiliser un autre ? Nous pensons qu'un système qui n'est pas fondé sur le respect du droit ne peut en aucun cas avoir d'avenir.


 

 

 


Ce Qui Va Changer

Un atelier de travail a été organisé, samedi 9 février 2002, à l'initiative du G.A.R.P., au siège de la M.A.P à Rabat.

Les différentes parties en présence étaient : le Ministère de la Communication, la direction du B.M.D.A, le G.A.R.P, la directrice des Affaires Internationales à la S.A.C.D, ainsi que des confrères auteurs et éditeurs.

Cette journée fut extrêmement fructueuse, et a permis d'y voir clair dans une problématique pas toujours simple, ainsi que de tracer les grandes lignes de ce que pourrait être le droit d'auteur " de demain " au Maroc.

Après avoir entendu les avis des différentes parties en présence, exprimé nos préoccupations d'auteurs, nous sommes arrivés à la conclusion qu'un nouveau Bureau Marocain du Droit d'Auteur devait rapidement voir le jour.

L'ensemble des participants est tombé d'accord pour proposer de changer sa dénomination actuelle et, surtout, d'en faire un organisme public doté de statuts clairement définis et de pouvoirs de coercition étendus, dans lequel les auteurs auraient droit de citer.

Nous pensons qu'une révision des textes de loi ainsi que la formation de nombreux juristes compétents dans le domaine, s'impose. L'état doit également nous aider à mettre en place et surtout, faire appliquer, toute une série de mesures visant à nous protéger et à stopper toute forme de piraterie.

Tous les organismes publics, dans un premier temps, puis les autres - après les en avoir informés, devront dorénavant s'acquitter de leurs cotisations, sous peine d'amendes importantes. Le niveau d'information de nos concitoyens, et principalement des personnes concernées par le problème du droit d'auteur, doit être fortement rehaussé. En effet, nous pensons que les Marocains ne sont pas suffisamment informés sur le droit d'auteur, et que l'information doit être dispensée. C'est crucial. Un travail important est à faire dans ce domaine.


 

 

 


Huit propositions du G.A.R.P. pour réformer le Fonds d'aide

I. Création de trois nouvelles aides pour encourager l'émergence de deux métiers majeurs dans la production cinématographique, les scénaristes et les producteurs.

  1. Aide à l'écriture : sur présentation d'un synopsis de 5 à 10 pages, accompagné de notes d'intentions du scénariste et du réalisateur.

  2. Aide à la réécriture : s'adresse aux projets de films présentant un intérêt artistique certain mais n'ayant pas reçu l'aide à la production car le scénario mérite d'être amélioré.

  3. Aide au développement : s'octroie pour permettre aux producteurs le montage financier et l'organisation de la production de leurs projets (recherche de partenariats : coproduction, distribution, préventes, casting, repérages...).

II. Encourager prioritairement les projets ayant déjà des bases de financement viables (ex : coproductions).

III. La commission du Fonds d'aide intègrera nécessairement la présence d'un membre du G.A.R.P., à titre d'observateur, qui veillera à ce qu'aucune décision excessive ou extravagante ne soit adoptée.

IV. ABOLITION de la 4ème tranche. Si un film terminé est très loin de correspondre aux attentes, la sanction ne pourra intervenir que sur le prochain projet présenté par le même réalisateur.

V. Encourager la qualité en octroyant une prime aux films terminés qui le méritent (prime à la qualité).

VI. Possibilité de tourner un film sur n'importe quel support, à partir du moment où il est présenté à la commission du Fonds d'aide sur copie 35 mm (sauf dérogation exceptionnelle), répondant aux normes professionnelles.

VII. Transformer la prime du Fonds d'aide en une avance sur recettes, remboursable (après amortissement total du coût du film) et donc détaxée.

VIII. Obligation pour la commission du Fonds d'aide de partager au moins 50 % de la somme récoltée lors de chaque session, entre les différents projets qui lui sont présentés. Le reliquat étant obligatoirement reporté sur la session suivante.



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